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Parler du Québec, c’est parler de l’hiver, de
lacs et de rivières, de grands espaces et, surtout, de forêts.
Le Québec ne comprend pas qu’une immense forêt,
mais plusieurs, qui varient selon le climat ou la topographie. Selon
la région écologique où elles se trouvent,
elles sont dominées, soit par les résineux, soit par
les feuillus, soit par un mélange des deux. Elles abritent
une grande diversité d’espèces : plus de 225
espèces d’oiseaux, 60 espèces de mammifères,
50 essences d’arbres, sans compter les mousses, lichens et
plantes, poissons et amphibiens…
L’écosystème forestier, qui inclut les forêts,
la flore et la faune, est un milieu en constante évolution
: les paysages forestiers du Québec changent constamment,
les arbres naissent, grandissent et meurent. Ils subissent des pressions
(feux, maladies, épidémies d’insectes, interventions
humaines). C’est le cycle de la vie auquel sont soumis les
êtres vivants. Les peuplements jeunes et les forêts
matures s’entremêlent, formant une extraordinaire mosaïque
naturelle.
Conscient de son importance pour l’économie, le Québec
a choisi de tirer le meilleur parti de cette ressource, tout en
s’assurant de ne jamais compromettre son avenir et son équilibre.
C’est en ayant cette préoccupation en tête que
le gouvernement du Québec a intégré dans la
Loi sur les forêts, au fil de l’évolution des
connaissances, des règles et des mesures visant à
garantir les approvisionnements futurs, tout en protégeant
l’environnement et la faune. Il en a résulté
des changements majeurs dans la façon de récolter
les arbres.
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Une foresterie qui évolue
Anciennement, on pratiquait la coupe à
blanc, qui consistait à récolter d’immenses
superficies sans obligation de protéger les jeunes
pousses, garantes du renouvellement de la forêt. Cette
façon de faire est maintenant révolue. De nos
jours, dans les forêts dominées par les résineux,
on pratique plutôt la coupe avec protection de la régénération
et des sols (CPRS).
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Une CPRS avec les bandes de protection d'une rivière
et des séparateurs de coupe. |
Cette méthode consiste à prélever
les arbres matures de 10 cm et plus de diamètre, en prenant
soin de préserver la régénération naturelle
et de minimiser les risques d’érosion des sols en limitant
les déplacements de la machinerie forestière, qui
doit désormais circuler à l’intérieur
de sentiers espacés. De plus, la superficie maximale des
aires de coupe est réglementée, de même que
le maintien de bandes riveraines et de lisières boisées
entre les coupes.
La récolte forestière est-elle
une menace pour les animaux?
Depuis plusieurs années, des chercheurs étudient
les comportements et les habitudes de vie de différentes
espèces fauniques. Ils se sont intéressés notamment
à l’impact des coupes forestières sur la faune.
Les résultats de leurs recherches ont permis de constater
que la plupart des espèces fauniques qui habitaient les territoires
ayant fait l’objet d’une récolte des arbres se
sont relocalisées dans les blocs de forêts adjacents
aux superficies coupées.
Les chercheurs en sont donc venus à la conclusion que la
dimension d’une coupe n’était pas un facteur
contraignant pour la faune, dans la mesure où on préservait,
entre les territoires faisant l’objet de travaux d’aménagement,
des blocs de forêts offrant des habitats fauniques alternatifs
intéressants. De là l’importance d’inclure,
dans les stratégies d’aménagement, des méthodes
d’intervention qui assurent la dispersion des coupes dans
le paysage.

En pratiquant une stratégie de récolte fondée
sur la dispersion des coupes, les planificateurs contribuent
à maintenir les habitats de la majorité des espèces
fauniques. |
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La coupe en mosaïque
Les animaux s’adaptent et peuvent même
tirer profit des interventions forestières, à
la condition que celles-ci soient bien planifiées.
La coupe en mosaïque est l’une des stratégies
de récolte qui se pratique dans les forêts dominées
par les résineux et dont les arbres sont matures et
sensiblement du même âge. Elle consiste à
répartir, sur un territoire donné, des CPRS
de tailles et de formes variées en vue d’obtenir,
à moyen terme, une mosaïque de peuplements forestiers
de différentes classes d’âges. Ainsi, la
diversité naturelle de la forêt est maintenue
et les besoins des différentes espèces fauniques
qui l’habitent sont comblés. |
Une question d’habitat
Pour la faune, un habitat de qualité est celui qui comble
ses besoins d’alimentation, d’abri et de reproduction.
La majorité des espèces affectionne les habitats offrant
différents stades de développement de la forêt.
Par exemple, à court et à moyen termes, le lièvre,
la gélinotte, l’orignal et le cerf de Virginie tireront
profit du rajeunissement des forêts, puisque la régénération
qui s’établit à la suite d’une coupe leur
fournit de la nourriture en abondance. Ils fréquenteront
donc ces secteurs, à la condition toutefois qu’on laisse
suffisamment de forêts, à l’intérieur
de leur domaine vital, pour qu’ils puissent y trouver un abri
adéquat.
L’effet de la récolte forestière sur la faune
varie donc d’une espèce à l’autre, en
fonction des besoins relatifs de chacune d’elles, de leur
capacité à s’adapter et des habitats alternatifs
qui s’offrent à elles. On peut donc dire que les connaissances
récemment acquises dans le domaine de l’écologie
et de la faune font progresser la foresterie québécoise.
Tout en contribuant à maintenir la capacité de production
des forêts pour l’industrie à long terme, ces
améliorations ont permis de protéger les autres ressources
du milieu forestier et de satisfaire ainsi la plupart des utilisateurs
du territoire, notamment les pêcheurs, les chasseurs et les
autres amateurs de plein air.
Les modalités particulières à la coupe en
mosaïque
Mettre en oeuvre la coupe en mosaïque n’est pas simple.
Elle intègre une série de règles décrites
dans le Règlement sur les normes d’intervention dans
les forêts du domaine de l’État (RNI), que le
planificateur forestier doit considérer dans l’élaboration
de ses stratégies de récolte. Quelques-unes de ces
règles sont décrites ci-après.
| Maintenir un habitat alternatif adéquat |
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L’ingénieur forestier qui planifie les travaux
doit conserver, à proximité de la coupe, une forêt
d’une superficie équivalente ou supérieure
à celle qu’il projette de récolter. Ce bloc
de forêt, appelé dans le jargon forestier forêt
fermée résiduelle, doit se situer à l’intérieur
d’un rayon de deux kilomètres du territoire à
récolter et doit regrouper des arbres d’une hauteur
de sept mètres et plus. Par ailleurs, il ne pourra faire
l’objet d’une coupe avant une période minimale
de 10 ans, période qui pourra être étendue
aussi longtemps que la régénération dans
la zone récoltée n’aura pas atteint trois
mètres de hauteur. Cette forêt sert d’abri
et de site de reproduction aux animaux. C’est pourquoi
elle doit avoir des caractéristiques semblables à
leur ancien habitat. |
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Maintenir un couvert pour le déplacement
Tout autour de chacun des territoires qu’il prévoit
récolter, l’ingénieur forestier doit laisser
une forêt d’une hauteur de trois mètres et plus.
Celle-ci permettra à la faune de se nourrir et de se déplacer,
tout en se soustrayant au regard d’éventuels prédateurs.
C’est ce que le forestier appelle le couvert latéral
de fuite.
L’Illustration ci-dessous permet de visualiser les principes
définissant la coupe en mosaïque :

Les coupes, tous comme les forêts fermées résiduelles
doivent être de trailles et de formes variées,
imitant le contour des peuplements naturels. |
Depuis 2005, au moins 60 % des coupes apparentées à
la CPRS doivent être réalisées en respectant
le principe de la coupe en mosaïque.
Concilier les usages
La coupe en mosaïque a des effets positifs non seulement sur
le maintien des habitats fauniques, mais également sur la
qualité esthétique des paysages forestiers, favorisant
ainsi les activités récréatives. Cette stratégie
de récolte est généralement perçue de
façon positive par tous les utilisateurs du milieu forestier,
puisqu’elle permet de répondre à un large éventail
de leurs besoins, qu’ils soient d’ordre faunique, récréatif
ou environnemental.
Il est vrai que la coupe en mosaïque présente des contraintes
économiques pour l’industriel qui réalise les
travaux en forêt. Il doit effectivement assumer des coûts
supplémentaires pour étendre le réseau de chemins
d’accès et veiller à son entretien. Mais si
la construction de chemins coûte cher à court terme,
cet inconvénient est compensé par des avantages substantiels
à moyen et à long termes : puisque les chemins sont
déjà en place, les coûts associés à
la deuxième phase de la récolte, 10 à 15 ans
plus tard, seront moindres. Le réseau de chemins facilite
également la récupération des bois affectés
par les feux et les épidémies d’insectes. Enfin,
un réseau de chemins bien établi permet de répartir
le prélèvement de la matière ligneuse sur un
territoire plus vaste, de conserver des blocs de forêts matures
à proximité des usines et de mieux équilibrer
les distances de transport. L’établissement d’un
réseau routier adéquat est essentiel à l’implantation
d’une bonne stratégie de dispersion des coupes.
Peut-on pratiquer la coupe en mosaïque
dans tous les types de forêts?
Non. Les méthodes de récolte doivent être adaptées
aux divers types de forêts et aux caractéristiques
propres à chacun des territoires. Les forêts du Québec
présentent une remarquable diversité de paysages,
grâce, entre autres, aux différents types de sols,
au drainage et aux conditions climatiques variables. Voilà
pourquoi il n’existe pas de recette unique en aménagement
forestier.
L’ingénieur forestier devra tenir compte d’une
multitude de facteurs pour choisir la meilleure stratégie
à adopter.
Dans les forêts feuillues, où les arbres sont généralement
d’âges variés, l’aménagiste privilégiera
la coupe partielle des arbres comme, par exemple, la coupe de jardinage.
Cette méthode de coupe permet de maintenir la diversité
des habitats fauniques et la dispersion de ceux-ci sur le territoire
aménagé, tout en favorisant la production de matière
ligneuse.
La coupe en mosaïque s’applique dans les forêts
équiennes, c’est-à-dire là où
les arbres sont sensiblement du même âge. Puisque les
arbres sont prêts à être récoltés
au même moment, c’est la CPRS qui est privilégiée.
Au Québec, ce sont les forêts résineuses et
mélangées qui se prêtent le mieux à ce
type d’aménagement. Cette méthode constitue
un outil supplémentaire ajouté à un «
coffre » déjà bien garni. Une stratégie
de dispersion des aires de récolte différente de la
coupe en mosaïque pourrait même être utilisée,
pour tenir compte de particularités locales, en autant qu’elle
assure la protection d’habitats, conformément aux normes
en vigueur.
Par l’utilisation de stratégies d’aménagement
judicieuses et adaptées aux caractéristiques propres
à chaque territoire et au cycle naturel de la forêt,
une cohabitation harmonieuse est possible entre les divers utilisateurs
du milieu forestier. Les techniques s’améliorent sans
cesse, au fur et à mesure que nous en apprenons davantage
sur les écosystèmes et sur les comportements des différentes
espèces fauniques. C’est de cette manière que
nous pourrons conserver, pour les générations à
venir, une faune diversifiée dans des forêts riches
et en santé.
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