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Cette section présente les événements
qui ont profondément marqué la forêt québécoise,
notamment les grand feux.
1867-1868 - Les incendies de la Côte-Nord
Au cours des années 1867 et 1868,
le feu ravage les côtes de la Basse-Côte-Nord. Les incendies,
d'une étendue de 30 à 40 milles de longueur et de 15
à 20 milles de largeur, détruisent les habitations
de Havre-Saint-Pierre et menacent les populations de cette région
déjà peu hospitalière. La Gaspésie est
aussi touchée par cette vague incendiaire qui atteint le
secteur de Cap-Chat.
1870 - Les feux du Lac-Saint-Jean
Les journées du 16, 17 et 18 mai sont
particulièrement chaudes et sèches. Une véritable
température du mois de juillet. L'après-midi du 18,
des colons de Saint-Félicien décident de mettre le
feu à leur abattis. Les conditions météorologiques
leur semblent idéales, le printemps hâtif a asséché
le bois, le faible vent ne risque pas d'étendre le feu à
la forêt. Quelques heures plus tard, une bourrasque se manifeste.
L'abattis prend immédiatement de l'expansion, les flammes
lèchent l'orée du bois, puis l'inévitable se
produit: le feu se propage à la forêt. Le vent se déchaîne
et sape les espoirs des défricheurs de contrôler le
« monstre rouge » que seule la nuit peut maintenant
assoupir.
À quatre heures du matin, un terrible
orage éclate. La pluie éteint en partie l'incendie
et produit une fumée dense qui se propage, emportant avec
elle une quantité considérable de cendre. Lorsque
la population du Saguenay et du Lac-Saint-Jean se réveille
le matin du 19 mai, elle baigne dans un brouillard sulfureux. Les
cendres continuent de se répandre sur le sol.
Dès les premières heures de la matinée,
la tempête se lève. Le feu reprend là où
il en était la veille et court pendant toute la journée
de l'embouchure de la rivière Mistassini jusqu'à la
Baie des Ha ! Ha !. Mille cinq cents milles d'habitations,
de champs et de forêt brûlés en un jour et se
consumant pendant plus de quatre jours. Les cantons d'Ashuapmushuan,
Métabetchouan, Roberval, Bagot, Laterrière, Jonquière,
Simard et Tremblay sont complètement détruits. Le
feu déferle si rapidement que rien ne peut être sauvé.
Toute tentative de le contrôler est vaine.
Pour survivre, les gens se cachaient dans
les caveaux à patates, se jetaient dans le lac Saint-Jean
ou dans les rivières environnantes, s'accrochant aux troncs
d'arbres. Une jeune fille de l'époque raconte son expérience :
« Alors on se jeta tous dans la rivière. On avait
de l'eau jusqu'au cou. Maman nous arrosait la tête avec des
serviettes mouillées. On sortit de là lorsque le feu
fut terminé. Tout était dévasté ».
L'intensité du feu a atteint des pointes critiques. Certains
individus, même s'ils s'étaient réfugiés
dans l'eau, ont eu les doigts et le dessus de la tête brûlés.
Les dommages sont considérables, le désespoir profond.
Le lendemain, on compte sept morts et un nombre indéterminé
de blessés. Cinq mille personnes se trouvent dans une détresse
totale.
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Localité |
Nombre de familles ruinées |
| De
Mistassini à Métabetchouan |
150
(reste 50 habitations) |
| Saint-Jérôme |
120
(reste 20 habitations) |
| Hebertville |
50 |
| Kénogami |
4 |
| Jonquière |
45 |
| Paroisses
de Sainte-Anne de Saint-Fulgence;
cantons Simard, Tremblay et Harvey |
47 |
| Chicoutimi |
49 |
| Notre-Dame-de-Laterrière |
18 |
| Saint-Alphonse;
comté de Bagot |
72 |
| Total |
555 |
1870-1871 - Feux de Saint-Maurice
à la rivière Romaine
Cette situation exceptionnelle du Saguenay – Lac-Saint-Jean
est le début de deux saisons de feux extrêmement difficiles.
Pendant les étés de 1870 et de 1871, l'ensemble du
Nord québécois est témoin de la destruction
de sa forêt par le feu. Les forêts de la Gaspésie,
de la Côte-Nord, de l'Ungava et de la Mauricie brûlent.
Le feu ravage l'Outaouais de toutes parts. Les cantons de Templeton
et de Buckingham sont dévastés par les flammes qui
projettent des brandons haut dans le ciel et que le vent fait retomber
sur Hull et Ottawa. En Ontario, les soldats freinent le progrès
des flammes en ouvrant la digue Saint-Louis (Hog's Back) près
du canal Rideau; 125 hectares de terres sont inondées. Les
feux de forêt de 1870-71 ont balayé la contrée
située au sud de la ligne de partage des eaux, depuis le
Saint-Maurice jusqu'au-delà de la rivière Romaine.
Dans son rapport daté de 1904, la Commission sur la colonisation
note qu'une seconde pousse de bois commence à couvrir les
traces de cette conflagration, qui a ruiné les pionniers
du Lac-Saint-Jean, mais il s'écoulera des années
avant que ce pays ne redevienne en général aussi bien
boisé qu'il l'était.
1901 - Feux du Témiscamingue
La saison de feux de 1901 fut éprouvante
pour l'ensemble du pays, particulièrement pour le nord-ouest
du Québec et le nord-est de l'Ontario. Les feux dits du Témiscamingue
sont, en fait, plusieurs incendies déclenchés à
des moments et en des lieux différents mais qui, dans leur
ensemble, ont affecté l'ensemble du territoire du Lac Témiscamingue,
tant du côté ontarien que québécois.
Feu White Creek
Tout a commencé vers la fin du mois de juin.
Le feu a pris naissance chez des colons ontariens installés
à l'embouchure de la rivière Blanche. Le 2 juillet,
à cause d'un fort vent du sud, le feu a traversé la
frontière de la province pour atteindre les terrains licenciés
de J.R. Booth qui ont été épargnés par
un autre changement de direction du vent. Le feu a ensuite longé
la ligne territoriale et s'est rendu aux portes du village de Témiscamingue
nord qu'il a évité de justesse. Des pressions ont
alors été exercées sur le gouvernement ontarien
pour qu'il protège mieux son territoire.
Dans son rapport, l'intendant général
des feux, N. McCuaig, décrit les événements
de White Creek comme suit :
« Le White Creek se jette dans le
lac Témiscamingue à Opemican. Il a sa source dans
White Lake, Russel Lake et Long Lake où le feu a commencé.
Ce territoire est sous la surveillance du garde Éric McConnell
et du garde spécial Miche Labelle. Dès qu'on aperçut
la fumée, plusieurs hommes cherchèrent le feu pendant
une couple de jours, mais, à cause de la pluie qui abattit
la fumée, on ne put le découvrir. Les hommes furent
renvoyés, mais les gardes continuèrent leurs recherches
et réussirent enfin à trouver le foyer de l'incendie.
Il faisait une chaleur intense et une forte brise, et le feu prit
bientôt de telles proportions qu'il fallut requérir
les services de plusieurs hommes pour le maîtriser. Il est
regrettable qu'on ait perdu un temps précieux à
découvrir ce feu, qui a dévasté sept milles
carrés et détruit sept ou huit milles arbres de
pin rouge et blanc et de l'épinette de grande valeur. Une
riche forêt de pin tout près de là a failli
devenir la proie des flammes, heureusement, grâce au travail
des hommes et à la pluie, elle a été épargnée.
On avait fait des chantiers considérables sur ce territoire
il y a quelques années, et les débris laissés
sur le sol ont beaucoup contribué à alimenter l'incendie.
L'origine de ce feu est encore inconnue.
. Je crois plutôt
que le feu a été mis par des personnes en excursion
de pêche sur ces lacs, qui sont d'accès facile et
où le poisson abonde. On a trouvé sur le bord d'un
lac des perches de ligne récemment coupées, et qui
avaient servi. Ce fait confirme mon opinion. »
Autres feux du Témiscamingue
Non seulement à l'embouchure de la rivière
Blanche, mais ailleurs, notamment dans la réserve dite des
Sauvages et à Grosse-Île, le long de la rivière
des Quinze, d'autres feux ont pris naissance, fruit de la négligence
de colons québécois. Deux feux considérables
se sont également déclarés, l'un dans Guigues,
l'autre au Lac Long. Dans ce secteur, une importante quantité
de jeunes pins rouges et blancs et « une qualité
considérable d'épinettes et de sapins propres au sciage
et la fabrication de la pulpe » ont été
détruites. Au Lac Long, dix-huit hommes ont combattu l'incendie
qui a demandé cinq jours de travail avant d'être contrôlé.
D'autres feux ont été déclenchés à
Hay Bay et Moran Lake, Crique Lavallée, Ostoboning, Saseganega,
Whitecreek, Opemican, Lac Brenna et Lac T.
1908 - Sécheresse provinciale
Les premières années, de 1906 à 1911, sont
marquées par des sécheresses continuelles, il pleut
très rarement et en faible quantité. Le point critique
est atteint en 1908 lorsque le feu embrase la majeure partie de
la province. Dans son rapport pour cette saison, le ministre des
Terres note :
« Jamais depuis longtemps, les conditions
atmosphériques ne s'étaient présentées
plus favorables au développement des feux de forêt
que durant l'été 1908 [
] L'extrême
sécheresse que nous avons eu à subir surtout en
juin et durant les mois de l'automne jusqu'en novembre, n'a pas
donné un seul moment de répit à l'armée
des gardes-feu agissant sous le contrôle commun
du Département et des porteurs de permis de coupe de bois.
Étant sans cesse entouré d'une fumée épaisse
obstruant la vue à de très faibles distances, et
qui semblait provenir de tous les points de l'horizon, il était
presque impossible de rendre un compte exact de la situation des
endroits les plus en danger. »
Le 5 novembre 1908, à la fin de
la saison, le chef du Service de la protection exprime à
quel point ces incendies ont causé des ravages peu communs :
« L'été dernier sera mémorable,
car la sécheresse commençant au mois de juin a duré
presque sans interruption jusqu'au mois de novembre et a été
générale presque dans toute la province, mettant
nos terres boisées dans des conditions qui ne se sont peut-être
jamais présentées auparavant. Des sources et des
cours d'eau d'un assez bon débit, qui dans les saisons
ordinaires ont toujours fourni de l'eau en abondance, ont tari
cette année, et le terreau végétal, les feuilles
dans les bois se sont complètement desséchées
rendant bien difficile la tâche de réprimer les incendies,
car ceux qui ont eu à les combattre, vu la rareté
de l'eau, ont dû avoir recours aux coupe-feu et à
la terre. »
1911 - Sécheresse dans l'ouest québécois
Subséquemment, pendant la saison de feux 1911, l'ouest québécois
et la frontière ontarienne vivent une sécheresse qui
met en péril la riche composition forestière de ces
régions. Les deux zones, soumises à des conditions
météorologiques communes et comprenant un combustible
et des risques de feux similaires, ont pourtant connu des histoires
bien différentes. Le secteur ontarien de Porcupine et de
Cochrane, très peu protégé par des gardes-feu,
est brûlé sur une distance de 150 kilomètres.
Les deux villes subissent des pertes importantes : plus de 70 morts
et des dégâts matériels de 1,5 million à
3 millions de dollars. Le Québec, mieux paré, est
pratiquement épargné.
1922 - Feu au nord des lacs Grande Chienne et Gros Aigle
Le 30 mai 1922, les aviateurs de la Laurentide
Co. signalent aux autorités la présence d'un feu important
qui ravage une zone de six milles de la région au nord des
lac Grande Chienne et Gros Aigle. Le lendemain, une reconnaissance
aérienne est effectuée afin de voir les progrès
de l'incendie et de délimiter les secteurs à attaquer
en premier. La superficie totale couverte par la reconnaissance
aérienne pour la détection d'incendie est de 7 120 milles².
Elle se répartit ainsi : 3 400 milles²
pour la région du Lac-St-Jean, 3 145 milles²
pour la rivière Natasquan et 575 milles² pour la
rivière Ste-Marguerite. Ces superficies ne comprennent
pas celles couvertes par la Laurentides Co.
1921-1923 - Saisons exceptionnelles
L'année 1921 marque le début
de saison de feux d'une intensité jamais vue depuis 1901,
voire 1870.
Les régions les plus touchées par ces incendies sont
celles du nord-ouest et du centre du Québec.
La destruction gagne en importance d'année en année
et atteint un sommet pendant l'été 1923. Dans
les rapports annuels du ministre des Terres et Forêts, chaque
année est pire que la précédente. En 1921,
le printemps hâtif provoque des feux, tandis qu'en 1922,
la plupart des feux ont lieu à l'automne. Pour l'année 1923,
le feu attaque la forêt de mai à octobre, ne laissant
aucun répit aux organismes de protection. Les années 1921
à 1923 marquent un point de rupture de la même
façon que 1869-1871 et 1901-1903
avaient été des points culminants permettant la modification
des structures en place.
Dans son rapport pour la saison de 1923, Gustave Piché
explique la situation :
« De mai à octobre, nous fûmes
continuellement en alerte, et durant ces mois, il fallut mobiliser
des milliers de combattants. Au cours de juillet, les usines de
la vallée du Saint-Maurice chômèrent
partiellement car on dut recruter des centaines de leurs ouvriers
pour soutenir la lutte contre les feux. Lorsque l'on put enrayer
définitivement l'élément destructeur, on
constata que le bilan de nos pertes pour l'année 1923
s'élevait malheureusement à plus de trois millions
d'acres. Toutefois, de ce total, 25 % était composé
de vieilles forêts, le reste consistait en massifs qui avaient
été déjà exploités ou incendiés
auparavant. »
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