| Malgré ses grandes qualités sylvicoles et commerciales, le pin blanc est relativement peu favorisé dans l'aménagement du territoire forestier québécois et la rouille vésiculeuse est largement responsable de cette désaffectation.

Rouille vésiculeuse du pin blanc (Cronartium ribicola J. C. Fisch.).
Hôtes
La rouille vésiculeuse, qui affecte tous les pins dont les aiguilles sont regroupées en faisceaux de cinq, est causée par Cronartium ribicola J. C. Fisch., un champignon originaire de l'Asie. Il semble que cet agent pathogène, qu'on a observé pour la première fois au Québec en 1916, ait été introduit par des plants importés d'Europe. Il est aujourd'hui répandu dans toute l'aire de distribution du pin blanc.
Cycle évolutif
Le cycle évolutif de la rouille vésiculeuse du pin blanc est fort complexe. Le champignon s'attaque d'abord aux aiguilles du pin (photo 1 de la figure 1), puis il progresse vers les branches et le tronc. Au milieu de l'été, de minuscules pustules, appelées « pycnies » (photo 3 de la figure 1), entourent le chancre et laissent suinter un liquide qui renferme des « pycniospores ». Le printemps suivant, on voit apparaître sur l'écorce affectée des vésicules blanches nommées « écies » (photo 4 de la figure 1). Ces vésicules sont particulièrement faciles à dépister en mai et en juin, alors qu'elles se rompent et exposent ainsi des « éciospores » orangées que le vent emporte parfois sur de longues distances et qui contaminent les plantes du genre Ribes. Quand ces dernières sont infectées, plusieurs générations de spores jaune orangé, connues sous le nom de « urédiospores », se succèdent sous leurs feuilles. Ces spores, qui se développent dans des « urédies » (photo 5 de la figure 1), réinfectent leurs hôtes, et le champignon se propage alors rapidement.
À la fin de l'été ou au début de l'automne, des structures filamenteuses appelées « télies » (photo 6 de la figure 1) se forment sous les feuilles des Ribes. Des « téliospores » germent sur ces structures et produisent des « basidiospores » qui retransmettent la rouille vésiculeuse au pin blanc. Les basidiospores se dispersent massivement sur de courtes distances, généralement inférieures à 300 mètres.
Figure 1 Le cycle de la rouille vésiculeuse
du pin blanc

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Symptômes

Photo 7 - Les rongeurs sont friands
de l'écorce infectée.
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Les aiguilles infectées à l'automne se parsèment de points jaunes le printemps suivant. Un an ou deux après, le champignon atteint les branches ou le tronc, et les symptômes sont alors faciles à détecter, car l'écorce déformée par des renflements prend une coloration orangée (photo 2 de la figure 1). L'année suivante, l'écorce se couvre de fructifications appelées « écies », dont les rongeurs se régalent (photo 7). |
Le chancre, qui s'agrandit constamment et peut même anneler la branche ou le tronc, laisse couler la résine de l'arbre (photos 8 et 9). Si l’annelage est presque complété, le feuillage jaunit au-dessus du chancre, puis il devient brunrouge (photo 9).

Photo 8 - Le chancre laisse exsuder la résine et l?annelage du tronc devient visible. |
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Photo 9 - Les branches situées au-dessus du chancre peuvent mourir.
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Dégâts
La rouille vésiculeuse tue des pins blancs de tous les âges. Un fort pourcentage de victimes ont moins de 25 ans. Sur les jeunes semis, la maladie peut entraîner une mortalité importante. Certains arbres meurent trois ans après le début de l'infection, d'autres peuvent survivre plus de 20 ans. Même si elle ne les tue pas, la maladie affaiblit la tige des gros arbres et retarde leur croissance.
Prévention et lutte
Pour limiter les dégâts causés par la rouille vésiculeuse, on doit mettre en œuvre une stratégie de lutte intégrée qui combine divers moyens en vue de circonscrire l'infection. La prévention est un élément essentiel d'une telle stratégie.
En raison de la raréfaction du pin blanc dans les régions ressources, on pense à reboiser ces endroits ou, encore, à avoir recours à des méthodes de régénération naturelle. En effet, la plupart de nos pinèdes naturelles ont presque atteint leur maturité et les jeunes classes d’âge font défaut. Des semenciers du pin blanc exempts de la maladie ou montrant des caractères de résistance, doivent être conservés afin d’assurer une meilleure régénération pour l’avenir.
Au Québec, l'ampleur des dégâts dépend non seulement de la zone où est situé le peuplement, mais aussi des conditions qui prévalent dans son environnement immédiat. Le choix du site est donc déterminant. On devrait s'en tenir à la zone de distribution du pin blanc et aux secteurs dont l'altitude n'excède pas 300 mètres, car les risques de rouille vésiculeuse y sont généralement plus faibles. Si l'on veut établir une plantation de pins blancs ou une pépinière où l'on cultivera cette essence, on devrait s'assurer qu'il y a peu ou pas de plantes du genre Ribes dans un rayon de 300 mètres du site considéré. Dans la mesure du possible, on accordera aussi la préférence aux secteurs où l'humidité relative de l'air est faible. On optera donc pour des terrains plats et bien aérés ou, encore, pour les sommets de pentes, et l'on évitera les sites dont la topographie favorise la formation de rosée persistante ou encore l’abondance des plantes de Ribes. De nouvelles connaissances sur l’écologie de ces plantes indiquent que les stations plus sèches, qui conviennent très bien au pin blanc, sont relativement exemptes de Ribes comparativement aux stations humides ou à celles moyennement humides.
Certaines précautions s'imposent si l'on veut prévenir la mortalité dans les jeunes plantations de pins blancs : élagage systématique de la moitié inférieure du houppier, vers l'âge de 8 ans, et inspection à des intervalles plus ou moins rapprochés, selon la zone de vulnérabilité où elles sont établies. Ces inspections, que l'on effectue idéalement en mai et en juin, permettent de détecter la maladie et d'éliminer les parties affectées, le cas échéant. Dans les régions où la maladie n'est pas répandue, on peut même abattre les pins dont le tronc est touché.
Quand la valeur des pins blancs le justifie, on peut supprimer les plantes du genre Ribes qui croissent à moins de 300 mètres du site. Pour ce faire, on peut évidemment appliquer des herbicides chimiques, mais on étudie présentement la possibilité d'avoir recours à des champignons antagonistes, et cette avenue semble prometteuse.
Les relevés de rouille vésiculeuse au Québec démontrent que l’on peut réduire le taux d’infection de façon significative en ayant recours à la plantation sous couvert plutôt qu’à un reboisement réalisé en pleine lumière.
Enfin, la production de lignées de pins blancs plus résistantes pourrait éventuellement nous permettre de restaurer le pin blanc dans les territoires qu’il a déjà occupé par le passé.
Références
- Laflamme, G., R. Blais et D. Desgagné. 1998. « Control of Cronartium ribicola in Pinus strobus plantations », Proc. First IUFRO Rusts of Forest Trees WP Conf. 2-7 Aug. 1998, Saariselka, Finland, Finnish Forest Research Institute, Res. Paper 712, p. 299-303.
- Lavallée, A. 1986. Zones de vulnérabilité du pin blanc à la rouille vésiculeuse au Québec, Forestry Chronicle, vol. 62 no 1, p. 24-28.
- Lavallée, A. 1986. Les risques d'infection pour la rouille vésiculeuse du pin blanc, Service canadien des forêts, Sainte-Foy (Québec), Feuillet d'information CFL 23.
- Plourde, A., A. Lavallée et A. Corriveau, 1991. « White Pine Blister Rust in Quebec : Past, Present, and Future », Rusts of Pine, CFS, Inf. Report NOR-X-317, p. 397-402.
Photos : Lina Breton, MRNF
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