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Photo 1 - Plantation de pins présentant
des ronds de mortalité par Heterobasidion annosum.
La maladie du rond qui est causée par le champignon basidiomycète Heterobasidion annosum (Fr.) Bref., s’attaque aux racines et fait mourir les arbres. Elle entraîne donc des pertes importantes sur le plan économique, surtout dans les plantations de pins. Le champignon s’installe quand des basidiospores contaminent la surface des souches après une éclaircie. Les attaques du champignon se traduisent par des foyers de mortalité en ronds
(photo 1). La maladie est d’autant plus dévastatrice que le champignon peut survivre très longtemps sur un site donné.
Heterobasidion annosum est présent dans tout l’hémisphère nord et affecte principalement les pins ( Pinus spp.) et quelques autres essences dont le sapin baumier, l’épinette blanche et le cèdre. En Europe, on trouve aussi, les espèces Heterobasidion parviporum Niemelä & Korhonen qui est très pathogène sur l’épinette (Picea spp.) et Heterobasidion abietinum Niemelä & Korhonen qui préfère le sapin (Abies spp.).
Au Canada, on a détecté la maladie, pour la première fois en 1955, dans des plantations de pins rouges de l’Ontario qui avaient été éclaircies une dizaine d’années auparavant.

Photo 2 - Fructifications d?Heterobasidion annosum à la base d?un pin rouge affecté
(Notez la marge blanche sur le pourtour du sporophore de couleur brun noirâtre).
Distribution
Au Québec, on a diagnostiqué la maladie du rond dans des plantations de pins rouges de quatre régions administratives où l’on a pratiqué des éclaircies. Ces plantations sont situées :
- au lac La Blanche, région de l’Outaouais, où l’on a détecté la maladie pour la première fois au Québec, en 1989, et où l’on a fait une tentative d’éradication;
- près de Saint-Philippe-d’Argenteuil, région des Laurentides, où plusieurs foyers d’infection ont été rapportés en 1993, 1996 et 1997;
- à Harrington, région des Laurentides, la maladie y a été repérée pour la première fois en 1993;
- à Brownsburg, région des Laurentides, où l’on a trouvé la maladie pour la première fois en 1994;
- à Saint-Joachim-de-Courval, région du Centre-du-Québec, où l’on a dénombré plusieurs foyers d’infection en 1996,1999 et 2005;
- à Sainte-Clothilde-de-Horton, région du Centre-du-Québec, où la maladie a été rapportée en 1996;
- à Saint-Jean-de-Matha, région de Lanaudière, où la maladie a été repérée en 2007.

Photo 3 - Pin rouge renversé en conséquence d?une carie
des racines causée par le champignon.
Infection et propagation
Les basidiospores du champignon, qui peuvent être disséminées sur de grandes distances, se déposent et germent sur la surface
des souches d’arbres fraîchement coupés. Heterobasidion annosum est un champignon pionnier qui supporte difficilement la compétition. Ses possibilités de germination, qui sont optimales pendant les premières 24 heures qui suivent l’abattage, diminuent graduellement au cours des 2 semaines suivantes et sont presque nulles par la suite.
Quand il y a germination, le mycélium qui en résulte pénètre dans les racines, les infecte et y provoque une carie qui s’accompagne d’un écoulement de résine. Le mycélium progresse ensuite vers les racines des arbres sains qui croissent à proximité et les infecte. Lorsque le champignon envahit le cambium au niveau du collet, les arbres meurent. La mortalité survient de 7 ans à 8 ans après l’installation du champignon. Les arbres infectés contaminent leurs voisins par contact racinaire. La maladie progresse lentement (0,5 m/année) à partir d’un point central. Elle crée d’abord des zones de mortalité de forme circulaire, qui lui a valu son nom « maladie du rond » et, petit à petit, elle peut ainsi gagner toute une plantation.
À l’automne, le champignon forme des sporophores (fructifications) qui engendrent les basidiospores, lesquelles répandent la maladie. Heterobasidion annosum peut également passer l’hiver dans les racines ou les souches infectées, sous forme de mycélium.
Détection
C’est dans des plantations qui ont été éclaircies que l’on trouve la maladie du rond. On la reconnaît aux symptômes suivants :
- décoloration du feuillage et dépérissement des arbres;
- chute du feuillage dans la cime;
- carie du coeur des racines;
- zones de mortalité circulaires.

Photo 4 - Il faut gratter à la base d?une souche afin d?observer
les sporophores du champignon (photo : Gaston Laflamme).
Pour confirmer le diagnostic, il suffit de dégager les sporophores du champignon qui sont généralement peu visibles, car ils sont dissimulés dans la litière au pied des souches ou encore des arbres malades ou morts (photo 4).
Ces sporophores, qui se forment du mois d’août jusqu’aux premiers gels, sont annuels, flexibles et difficilement détachables; leur face supérieure brun noirâtre est cernée de blanc et leur face inférieure est toute blanche.
Il est possible d’isoler en laboratoire le stade imparfait du champignon Spiniger meineckellum à partir de sections du collet ou de racines d’arbres malades (photo 5).

Photo 5 - Stade imparfait du champignon responsable de la maladie,
Spiniger meineckellum (photo : Solange Simard).
Intervention et contrôle
La maladie du rond est très redoutable et l’on peut recourir à divers moyens de lutte pour protéger les peuplements de pins.
Prévention
En raison du mode de propagation de la maladie, il est préférable de pratiquer les éclaircies lorsque le taux d’inoculum dans l’air est à son plus bas, soit de décembre à mai. Les spécialistes du Ministère incitent donc les aménagistes forestiers à pratiquer les éclaircies et toutes les coupes pendant l’hiver, alors que les souches ne risquent nullement d’être infectées par les basidiospores du champignon pathogène.
Si cela est impossible, on recommande de réduire les risques d’infection en enduisant les souches des arbres fraîchement abattus d’une solution d’urée à 37 % (370g/l d’eau). Cette solution additionnée de colorant permet de bien distinguer les souches traitées. L’urée, dont on se sert généralement comme engrais azoté (46-0-0), stimule la colonisation de la souche par des microorganismes saprotrophes qui empêchent ainsi l’établissement de Heterobasidion annosum.
Dans quelques années, lorsque le produit sera disponible sur le marché, on pourra badigeonner les souches avec une préparation à base de Phanerochaete gigantea (Peniophora gigantea), un mycoconcurrent de Heterobasidion annosum.
Moyens de lutte
Il est très difficile d’éliminer le champignon, car il peut survivre pendant des dizaines d’années dans les racines des souches. On doit donc s’efforcer de contrôler la maladie soit en décontaminant les foyers d’infection si leur superficie est relativement restreinte, soit en pratiquant une tranchée visant à prévenir les contacts entre les racines des arbres adjacents, car le champignon ne peut pas se propager dans le sol. Pour éradiquer le champignon, on doit non seulement arracher, à l’aide d’une machinerie lourde, toutes les souches infectées et les arbres sains, mais on doit aussi retirer le sol, et ce, tant dans les îlots contaminés que dans une zone tampon d’une largeur d’au moins 4 mètres tout autour. Dans le cas où la zone infectée est grande, il est également possible de pratiquer une tranchée autour du rond d’arbres malades. Il faut s’assurer d’incorporer à l’intérieur du rond, une zone tampon qui est formée de deux à trois rangées d’arbres apparemment sains.
Substitution
Comme le champignon peut survivre très longtemps sur un site donné, on doit éviter de planter des conifères dans les aires infectées, car les semis succomberaient rapidement à la maladie. On recommande de reboiser en essences feuillues.
Photos : Lina Breton, MRNF
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