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La biodiversité du milieu forestier

Le 1er avril 1996, le gouvernement du Québec, qui souscrit aux grands principes du développement durable, se dotait d'une Stratégie de mise en œuvre de la Convention sur la diversité biologique. Depuis, le Ministère collabore étroitement à l'implantation de cette stratégie et à la réalisation de plusieurs volets du plan d'action qui en découle, dont celui réservé au milieu forestier.

Conscient de ses responsabilités, le Ministère s'efforce d'assurer le maintien de la biodiversité dans l'ensemble des forêts du Québec. Pour ce faire, il a recours à diverses mesures pour, notamment, protéger les espèces et les écosystèmes menacés, exceptionnels ou fragiles. Il favorise également l'élargissement des connaissances et le développement de nouvelles approches sylvicoles. Enfin, le Ministère module ses programmes, ses politiques et ses pratiques de gestion de manière à ce qu'ils contribuent à préserver la diversité biologique du milieu forestier.

Les mesures législatives

En 1996, le législateur inscrivait, dans le préambule de la Loi sur les forêts, les six critères du développement forestier durable, dont celui de la conservation de la diversité biologique.

En 2001, lors de la mise à jour du régime forestier, le gouvernement ajoutait à la Loi des dispositions qui visent, notamment :

  • à protéger les écosystèmes forestiers;
  • à obliger les industriels à intégrer des objectifs de maintien de la biodiversité à leurs plans généraux d'aménagement forestier;
  • à mettre en place des mesures adaptées aux particularités des forêts nordiques.

L'acquisition de connaissances

Le premier bilan de la biodiversité du milieu forestier, qui a été publié en 1996, démontrait que les principaux problèmes à ce chapitre sont concentrés dans le sud du Québec. C'est en effet dans cette partie de notre territoire, où les écosystèmes forestiers originels ont été irréversiblement modifiés par le déboisement lié à l'agriculture et à l'urbanisation, qu'on compte le plus grand nombre d'espèces menacées, que les populations animales et végétales sont le plus isolées et que certains écosystèmes se raréfient le plus.

Par contre, la situation semblait beaucoup moins problématique dans les forêts boréales, bien qu'on y appréhendait, à moyen terme, les effets de certaines pratiques et stratégies d'aménagement sur les écosystèmes forestiers et sur les espèces animales et végétales qu'ils abritent.

Le Ministère a amorcé ou poursuivi différents projets de monitorage et de recherche en vue de vérifier le bien-fondé des appréhensions soulevées dans le bilan de la biodiversité et de proposer des solutions, au besoin.

Ces projets, dont certains sont réalisés conjointement avec des partenaires gouvernementaux ou universitaires, portent, notamment :

  • sur la biodiversité des vieilles forêts de sapins et d'épinettes;
  • sur les effets de la coupe de jardinage sur l'abondance des chicots dans les forêts de feuillus;
  • sur l'impact de l'éclaircie précommerciale et de différents modes de régénération de la sapinière boréale sur la faune;
  • sur l'utilisation des forêts résiduelles par différentes espèces animales après les coupes;
  • sur la considération des besoins du caribou des bois lors des interventions forestières dans un certain nombre de régions du Québec (Côte-Nord, Saguenay – Lac-Saint-Jean, Gaspésie et Abitibi).

La protection des espèces et des écosystèmes rares, exceptionnels et fragiles

Protection des espèces menacées et vulnérables

Environ 15 % des quelque 1 400 espèces d'animaux et de plantes vasculaires qui peuplent les forêts du Québec sont en difficulté. En 1989, le gouvernement du Québec adoptait la Loi sur les espèces menacées et vulnérables pour en assurer la protection. Depuis, une quarantaine d'espèces et de populations, dont 18 vivent dans le milieu forestier, ont été désignées menacées ou vulnérables, en vertu de la loi : ginseng à cinq folioles (Panax quinquefolius), aplectrelle d'hiver (Aplectrum hyemale), carcajou (Gulo gulo), rainette faux-grillon de l'Ouest (Pseudacris triseriata), etc.

En 1996, le ministère des Ressources naturelles signait, avec les autres ministères responsables de l'application de la Loi sur les espèces menacées et vulnérables, une entente administrative, dont l'objectif premier est de s'assurer que les pratiques forestières n'aggravent pas le sort des espèces animales et végétales en situation précaire dans les forêts du Québec. Rappelons que l'expression « en situation précaire »se dit des espèces qui ont été désignées menacées ou vulnérables ou qui sont susceptibles de l'être.

Jusqu'à maintenant, les spécialistes ont étudié une trentaine d'espèces. À la suite de ces travaux, des mesures de protection particulières ont été adoptées pour une vingtaine d'espèces végétales, dont l'érable noir (Acer nigrum), le cypripède royal (Cypripedium reginae) et la valériane des tourbières (Valeriana uliginosa) ainsi que pour deux espèces animales, le pygargue à tête blanche (Haliaetus leucocephalus) et le faucon pèlerin (Falco peregrinus). De plus, des prescriptions sylvicoles préventives ont été préparées pour près d'une centaine de sites où l'on trouve l'une ou l'autre de ces espèces.

Les écosystèmes forestiers exceptionnels

La responsabilité de préserver les écosystèmes forestiers exceptionnels (EFE), qui comptent parmi les joyaux les plus précieux du patrimoine forestier québécois, incombe tant aux individus qu'aux divers paliers de gouvernement. Le Ministère reconnaît actuellement trois types de EFE : les forêts anciennes, les écosystèmes forestiers rares et les forêts refuges d'espèces végétales menacées ou vulnérables.

Les forêts anciennes sont des peuplements qui ont généralement été très peu affectés par les perturbations naturelles et les activités humaines. Elles abritent des arbres vivants de tous les âges et des arbres morts, toujours debout ou couchés, au sol, à tous les stades de décomposition. Les arbres dominants y ont un âge vénérable.

Les forêts rares sont exceptionnelles à cause de l'agencement des espèces végétales qu'elles renferment ou en raison de leur structure. Peu répandues, elles ne couvrent habituellement que de petites superficies. Leur rareté peut être naturelle, donc résulter de conditions écologiques particulières, mais elle peut aussi résulter de l'activité humaine. On la mesure non seulement à l'échelle du Québec, mais aussi à celle d'unités territoriales de moindre envergure.

Les forêts refuges abritent une ou plusieurs espèces végétales menacées ou vulnérables. Elles peuvent renfermer une population remarquable de l'une ou l'autre de ces espèces, ou une concentration significative (au moins trois) de ces même espèces, ou, enfin, une espèce menacée ou vulnérable très rare.

La plupart des EFE dénombrés jusqu'à maintenant l'ont été dans les régions densément peuplées du sud du Québec, où ils s'avèrent particulièrement vulnérables. Par ailleurs, un peu plus de la moitié des écosystèmes forestiers exceptionnels sont situés sur des propriétés privées. Les autres ont été repérés sur des terres du domaine de l'État et plusieurs d'entre eux sont déjà protégés puisqu'ils sont inclus dans des parcs, des réserves écologiques ou d'autres aires protégées.

Depuis 1997, une directive administrative assure la conservation temporaire des forêts exceptionnelles situées sur les terres du domaine de l'État. Cette mesure a d'ailleurs été renforcée lors de la récente mise à jour du régime forestier. En vertu de la nouvelle Loi sur les forêts, le ministre peut, en effet, classer un territoire comme « écosystème forestier exceptionnel » après avoir effectué les consultations requises. Le Ministère amorce ainsi la création d'un réseau d'EFE qui fera partie intégrante du réseau québécois d'aires protégées.

Le développement de nouvelles approches sylvicoles

Aménager la forêt de manière à maintenir ou à restaurer la diversité naturelle des écosystèmes forestiers après la récolte constitue un défi de taille. Pour le relever, on tend de plus en plus à s'inspirer de la nature lorsqu'on intervient dans le milieu forestier. Cette approche, qui a des adeptes dans plusieurs pays, est née du constat que les paysages qui résultent des opérations forestières ne ressemblent pas nécessairement à ceux qui sont créés par des perturbations naturelles, comme le feu, le chablis ou les épidémies d'insectes. Or, plusieurs spécialistes croient qu'il faudrait se rapprocher de ce type de paysages lors des opérations forestières, afin que toutes les espèces végétales et animales continuent d'y trouver les conditions dans lesquelles elles peuvent vivre et se reproduire.

Par ailleurs, comme toutes les espèces n'ont pas les mêmes besoins, les stratégies d'aménagement forestier devront être flexibles en ce qui a trait à la distribution des aires de récolte et aux techniques d'aménagement. On doit aussi s'efforcer de maintenir, en tout temps, de vieilles forêts ou, du moins, de préserver certaines de leurs composantes, puisqu'elles abritent des espèces végétales et animales particulières.

Le maintien de la biodiversité dans les forêts privées

Chaque agence régionale de mise en valeur des forêts privées doit favoriser le développement durable des ressources du milieu forestier dans la région qu'elle chapeaute. Elle doit notamment élaborer un plan de protection et de mise en valeur qui tient compte des critères du développement durable énoncés dans la Loi sur les forêts, et contribuer ainsi au maintien de la biodiversité. Par ailleurs, pour favoriser l'atteinte de ce dernier objectif, un volet particulier a été inclus dans les programmes spéciaux d'assistance financière mis sur pied pour venir en aide aux propriétaires de boisés endommagés par la tempête de verglas de janvier 1998. Enfin, le Ministère a élaboré un cadre d'intervention pour assurer la protection des EFE situés dans les boisés privés.




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