| Le Ministère a confié à
la Société de protection des forêts
contre les insectes et les maladies (SOPFIM), un organisme
à but non lucratif, la responsabilité de planifier
les programmes de pulvérisations et de les mettre en
uvre lorsqu'on ne peut protéger les forêts
autrement. La SOPFIM regroupe des représentants du
Ministère, des bénéficiaires de contrats
d'approvisionnement et d'aménagement forestiers (CAAF)
et de conventions d'aménagement forestiers (CAF) ainsi
que certains propriétaires de grands boisés
privés (800 hectares et plus d'un seul tenant).
Une stratégie
globale de protection
La protection contre les insectes et les
maladies ne peut être efficace que si elle est intégrée
à une stratégie globale fondée sur une
connaissance approfondie du milieu forestier et du
rôle qu'y jouent les insectes et les maladies. La stratégie
québécoise de protection s'articule autour de
trois axes principaux : la prévention, la détection
et la lutte.
La prévention
La prévention vise, d'une part, à
augmenter la résistance des peuplements face
aux épidémies et, d'autre part, à réduire
progressivement l'envergure des perturbations et leur impact,
en réunissant des conditions sinon défavorables
à l'émergence des épidémies, du
moins susceptibles d'en atténuer les effets. La stratégie
de prévention repose sur des principes écologiques,
dont le respect de la dynamique naturelle des peuplements
et l'adaptation des travaux aux caractéristiques des
stations forestières.
Les aménagistes forestiers doivent tenir compte de
ces principes lorsqu'ils planifient les travaux sylvicoles.
Ils peuvent avoir recours à l'expertise des
spécialistes du Ministère et de la SOPFIM,
analyser les données disponibles et puiser dans leur
propre connaissance du territoire pour repérer les
peuplements vulnérables et signaler ceux qui doivent
faire l'objet d'une protection particulière. Cet exercice
leur permet de récolter en priorité les peuplements
qui courent le plus de risques, comme les sapinières
parvenues à maturité, et d'effectuer les travaux
sylvicoles requis pour augmenter la résistance des
autres peuplements face à une éventuelle épidémie.
De plus, s'ils doivent faire du reboisement, ils sont en mesure
de choisir des espèces bien adaptées aux sites
en cause.
La détection
La détection revêt une importance
cruciale, car, plus elle est hâtive, plus l'éventail
de tactiques d'intervention adéquates est large et
plus il est possible de prévenir les dommages. Le Québec
a donc mis en place un réseau d'observation qui comporte
quelque 1 200 stations permanentes pour surveiller
les peuplements les plus vulnérables dans les secteurs
où les épidémies sont les plus récurrentes.
Une équipe de techniciens du Ministère visite
régulièrement ces points d'observation
afin d'y cueillir les données requises pour mesurer
les populations d'insectes, leurs fluctuations et les dégâts
qui leur sont attribuables. Lorsqu'ils notent une prolifération
d'insectes ou des signes de maladie dans un secteur donné,
les techniciens y effectuent un relevé intensif
afin de cerner l'ampleur du problème.
Au besoin, ils effectuent des vols de
reconnaissance à bord d'un avion ou d'un hélicoptère
pour évaluer l'envergure et la gravité des dégâts.
Si le responsable est un ravageur important, comme la tordeuse
des bourgeons de l'épinette ou l'arpenteuse de la pruche,
on fait périodiquement appel à l'imagerie
satellitaire pour compléter l'évaluation
des dommages. Des pièges à phéromones
installés dans des stations choisies avec soin permettent
de détecter des populations larvaires
à des niveaux très faibles. Les spécialistes
sont ainsi en mesure de prévoir les infestations
trois ou quatre ans plus tôt qu'avec les techniques
d'inventaire classiques. Enfin, grâce aux données
fournies par certaines stations météorologiques,
on construit des modèles mathématiques
qui permettent d'évaluer, à une journée
près, le stade de développement atteint par
certains insectes cibles. Cette information est particulièrement
importante lorsqu'on doit mettre un programme de lutte en
branle.
Sans avoir à ratisser systématiquement
tout le territoire québécois, les spécialistes
du Ministère et de la SOPFIM, en collaboration avec
les gestionnaires forestiers concernés, sont en mesure
de détecter les problèmes entomologiques ou
pathologiques assez tôt pour élaborer des plans
d'intervention adéquats et les mettre en uvre
à point nommé.
La lutte
Même si le Québec privilégie
une sylviculture préventive pour minimiser les
pertes attribuables aux insectes et aux maladies, la lutte
directe s'avère parfois indispensable. Cette intervention
de lutte se fait alors avec des produits éprouvés
qui n'ont que peu d'impacts sur l'environnement.
Soulignons que la SOPFIM n'intervient pas automatiquement
dès qu'on lui signale une prolifération d'insectes.
Les spécialistes et les gestionnaires concernés
évaluent d'abord conjointement les pertes à
appréhender sur le plan économique, compte tenu
de la gravité de l'infestation, du comportement de
l'insecte et des dommages rapportés dans le passé.
Avant de déclencher la lutte, on considère tous
les moyens d'intervention possibles. La décision d'intervenir
est basée à la fois sur un seuil économique
au-delà duquel les pertes prévues
sont inacceptables et sur un seuil d'intervention, qui correspond
aux concentrations d'insectes jugées suffisantes pour
causer les pertes appréhendées.
Le recours aux pulvérisations aériennes d'insecticides
biologiques est donc généralement dicté
par des considérations économiques, comme
la nécessité de préserver les sources
d'approvisionnement des industries forestières. Conformément
à la Loi sur la qualité de l'environnement,
le dernier programme quinquennal de lutte a dû
faire l'objet d'une étude d'impact environnemental
et d'audiences publiques avant d'être soumis au Conseil
des ministres en vue d'obtenir son autorisation. Le programme
quinquennal couvre les principaux insectes susceptibles de
causer des pertes importantes sur le plan économique,
soit la tordeuse des bourgeons de l'épinette, l'arpenteuse
de la pruche, la tordeuse du pin gris et le diprion de Swaine.
Le seul produit autorisé pour lutter contre
la tordeuse des bourgeons de l'épinette, l'un des principaux
défoliateurs des forêts québécoises,
est l'insecticide biologique Bacillus thuringiensis
(B.t.). Cet insecticide est aussi homologué
et autorisé pour lutter contre l'arpenteuse de la pruche
et la tordeuse du pin gris. Il n'y a présentement pas
d'insecticide biologique disponible pour lutter contre
le diprion de Swaine.
Récemment, le gouvernement a soustrait la SOPFIM de
l'obligation de produire une nouvelle étude d'impact
tant que l'insecticide qu'elle prévoit utiliser demeure
l'insecticide biologique Bacillus thuringiensis.
Les Québécois sont fiers de leur système
de protection des forêts contre les insectes et les
maladies. Fondé sur une technologie avancée
et les connaissances les plus à jour, ce système
reflète en effet la richesse de l'expérience
acquise lors de la dernière épidémie
de tordeuses des bourgeons de l'épinette. De plus,
il est étayé par un effort de conscientisation
collective qui repose sur un principe incontournable :
en foresterie comme dans les autres domaines, « Mieux
vaut prévenir que guérir ».
Pour obtenir de plus amples informations, consultez la section
Feux, insectes et maladies
des arbres au Québec
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