L'acquisition et la diffusion de connaissances nouvelles sont
indispensables dans un processus d'amélioration continue
de la gestion forestière. Au Québec, la recherche
forestière est principalement axée sur l'amélioration
des arbres et la reproduction végétative, la sylviculture
et la productivité des forêts naturelles, la productivité
des travailleurs forestiers et l'écologie. En plus de
disposer d'une équipe de chercheurs chevronnés,
le Ministère s'associe également à d'autres
scientifiques du milieu universitaire et des centres de recherche,
notamment pour implanter des programmes d'innovation dans le
domaine des opérations forestières et celui de
la transformation des bois. Il joint aussi ses efforts à
ceux de l'industrie en vue d'optimaliser l'utilisation de la
matière ligneuse, de diversifier les produits du bois
et de mettre au point de l'équipement de mieux en mieux
adapté aux travaux de sylviculture et de récolte.
L'amélioration génétique
des arbres
Même s'il privilégie la régénération
naturelle, le Ministère a recours au reboisement pour
remettre en production les aires dévastées par
le feu ou d'autres perturbations naturelles, de même
que celles qui se régénèrent mal à
la suite d'une coupe. Pour optimiser la productivité
des plantations, il poursuit plusieurs programmes d'amélioration
génétique, tous basés sur des processus
de sélection et non sur l'introduction de gènes
nouveaux. Le Ministère ne produit donc aucun organisme
génétiquement modifié (OGM). L'hybridation
du peuplier et du mélèze, deux essences à
croissance rapide qui fournissent des volumes élevés
de matière ligneuse, constitue un volet important de
ces programmes.
Les espèces les plus couramment utilisées
pour le reboisement font aussi l'objet d'un programme d'amélioration
génétique. C'est le cas, notamment, de l'épinette
blanche, de l'épinette noire, de l'épinette
de Norvège ainsi que du pin gris. On a déjà
établi des vergers à graines de deuxième
génération pour certaines de ces essences. Les
plants cultivés à partir des semences récoltées
dans ces vergers permettent d'escompter des gains de 8 %
à 23 %, selon les essences.
Les chercheurs s'intéressent également
à la reproduction végétative dans le
cadre des programmes d'amélioration génétique.
Ils ont recours à des techniques de contrôle
de la floraison et de la pollinisation dans les vergers à
graines de seconde génération, en raison de
la valeur des semences qui y sont produites. D'autres travaux
portent sur la conservation et la germination des graines.
Par ailleurs, la difficulté de satisfaire
à la demande de plants de mélèzes hybrides
de façon constante a incité les chercheurs à
mettre au point des techniques de bouturage et de culture.
Ils poursuivent aussi des travaux qui touchent à l'ensemble
des processus liés à la floraison de diverses
variétés de mélèzes, sur la pollinisation
de ces sujets et sur la production contrôlée
de graines.
La production de nouveaux types de plants
Dans la Stratégie de protection
des forêts qu'il a adoptée en 1994,
le Ministère recommandait de mettre des plants de fortes
dimensions (PFD) en terre sur les stations où les risques
de compétition végétale sont élevés,
pour pallier l'abandon des phytocides. La demande de PFD a
alors grimpé en flèche et, pour la satisfaire,
les spécialistes ont eu recours à de nouvelles
techniques de culture, tant en récipients qu'à
racines nues. En collaboration avec des pépiniéristes,
ils ont entrepris divers projets de recherche pour préciser
les exigences culturales des PFD et obtenir ainsi les meilleurs
taux de croissance possible dans les plantations.
En outre, la production de plants destinés
au reboisement génère de nombreux projets de
recherche :
- mise au point de récipients à parois ajourées,
qui réduisent les malformations des racines;
- adaptation des calendriers de fertilisation et d'irrigation
aux essences cultivées et aux divers stades de croissance
des plantules;
- conception d'une nouvelle technique pour mesurer la teneur
en eau du substrat de culture et du sol;
- réduction du lessivage d'engrais vers la nappe
phréatique, pour préserver les eaux souterraines
des pépinières, sans toutefois affecter la
qualité des plants cultivés, etc.
À ces réalisations s'ajoute
la conception de calendriers d'endurcissement qui indiquent
aux pépiniéristes le degré de résistance
des plants et leur permettent ainsi de réduire les
pertes attribuables au gel.
De plus, des études comparatives effectuées
dans des plantations ont permis de formuler des recommandations
sur les types de plants à cultiver et sur les techniques
à retenir pour chacun d'eux. Désormais, les
pépiniéristes québécois sont en
mesure de cultiver, tant en récipients qu'à
racines nues, des plants de fortes dimensions de qualité,
capables de dominer la végétation concurrente.
Le reboisement
avec des essences commerciales
Les chercheurs s'intéressent aussi
à l'interaction entre les multiples composantes du
milieu forestier, aux types de plants utilisés, ainsi
qu'à la nature des interventions réalisées
dans le passé, à leur séquence et à
leur impact sur la croissance et la productivité des
arbres d'essences commerciales. Ils veulent élaborer
des tables de production qui tiennent compte de l'intensité
des travaux d'aménagement réalisés et
de la qualité des stations (classe de drainage, type
écologique, richesse relative, dépôt de
surface, etc.) et ce, pour chacune des essences utilisées
lors des travaux de reboisement.
De nombreux types de plants font l'objet
de suivis, dont les plants cultivés à racines
nues et en récipients de diverses dimensions ainsi
que les plants issus du programme d'amélioration génétique,
comme les essences à croissance rapide. Les chercheurs
étudient aussi les effets réels des travaux
d'aménagement, tels la préparation de terrain,
les dégagements mécaniques et biologiques, les
éclaircies commerciales et précommerciales,
l'élagage, etc., sur la croissance et la productivité
des plantations et des peuplements naturels.
La sylviculture et la productivité
des forêts naturelles
Certains chercheurs s'efforcent de modéliser
la dynamique et la productivité des peuplements résineux,
feuillus et mélangés, de structures équienne
et inéquienne. Ils évaluent aussi les effets
des divers types coupes et des travaux sylvicoles sur l'implantation
de la régénération, la croissance des
peuplements, la végétation compétitive
et les conditions micro-environnementales.
D'autres scientifiques analysent l'effet
de certains facteurs biotiques (épidémies d'insectes,
sénescence des résineux, concentrations de cervidés,
etc.) ou abiotiques (verglas, climat, etc.) sur la croissance
et la productivité des peuplements forestiers. Certains
étudient la croissance et le développement des
feuillus, selon les différents indices retenus pour
classifier les tiges eu égard à leur qualité.
D'autres, enfin, comparent divers modes d'aménagement
des érablières pour déterminer lesquels
maximisent la production concomitante de sève et de
bois d'uvre, sur une superficie donnée.
Étude de la productivité
des travailleurs
Depuis quelques années, on poursuit
plusieurs travaux de recherche pour modéliser la productivité
des travailleurs sylvicoles affectés aux tâches
de reboisement, de dégagement de la régénération
et des éclaircies précommerciales. Les chercheurs
veulent en arriver à construire des modèles
d'évaluation de la productivité des travailleurs
en fonction des principales caractéristiques des stations.
Certaines études permettent d'évaluer l'impact
de ces mêmes caractéristiques sur l'effort physiologique
exigé des travailleurs.
L'écologie et la protection du
milieu forestier
Soucieux de préserver la biodiversité
du milieu forestier et d'en favoriser une utilisation polyvalente,
le Ministère a délimité les diverses
zones de
végétation et domaines bioclimatiques du
Québec. Il s'emploie maintenant à définir
le type écologique des multiples stations et il publie
des guides qui permettront aux aménagistes de faire
eux-mêmes cet exercice. Les gestionnaires
des ressources forestières pourront ainsi prendre des
décisions plus éclairées et opter pour
les pratiques sylvicoles les plus appropriées. Le Ministère
s'intéresse également à l'impact des
changements climatiques et de la pollution atmosphérique
sur les écosystèmes forestiers. Les scientifiques
ont notamment établi un réseau d'étude
et de surveillance des écosystèmes forestiers
(RESEF), qui leur permet de faire le monitorage de nombreuses
variables relatives à l'environnement, à la
pédologie et à la croissance des arbres.
Grâce à son programme de subventions,
le Ministère collabore financièrement à
la réalisation de projets de recherches qui visent
à mieux faire comprendre les multiples rôles
de la forêt sur les plans faunique, hydrique, récréo-touristique
et social ainsi que l'impact probable des travaux d'aménagement
forestier sur la biodiversité.
Si elles ne sont pas partagées, les
connaissances demeurent vaines. On s'emploie donc à
diffuser les résultats des chercheurs le plus rapidement
possible, par le truchement de publications, de colloques
et d'expositions thématiques, sans oublier Internet.
Les aménagistes peuvent donc compter sur des informations
qui sont constamment mises à jour pour accroître
la productivité des peuplements, tout en respectant
les multiples composantes des écosystèmes et
leurs nombreux utilisateurs.
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