La Faille de Porcupine-Destor
Un potentiel aurifère important
Marc Legault et Jean Goutier
Géologie Québec
Depuis
la première découverte d’or par John Beattie
en 1910 sur une île du lac Duparquet, la Faille de Porcupine-Destor
ne cesse d’attirer les chercheurs d’or. Bien que
le secteur fut le site d’exploitation aurifère
de 1933 à 1956 (mines Beattie, Donchester, Central
Duparquet et Duquesne) et de 1983 à 1990 (mines Duquesne
et Yvan Vezina-Davangus [secteur est]), peu d’or fut
extrait du côté québécois (~ 55
t. Au – production + ressources) comparativement au
côté ontarien (~ 2300 t. Au – production
+ ressources).
Géologie Québec a entamé
en 2002 une étude métallogénique le long
de la Faille de Porcupine-Destor afin de compléter
le travail de cartographie régionale du début
des années 90. Ce projet vise à développer
de nouveaux outils pour l’exploration aurifère
à travers une étude métallogénique
régionale et une modélisation
3D. L’objectif visé par l’étude
métallogénique est de caractériser les
différents indices aurifères dans le but de
définir la chronologie, les contrôles de la minéralisation
ainsi que les patrons d’altération régionale.
Cette étude devrait permettre d’expliquer l’énorme
variation de concentration d’or de chaque côté
de la frontière.
Géologie régionale
La région de la Faille Porcupine-Destor
a été divisée en 3 secteurs : est, ouest
et central; seulement les 2
derniers ont été examinés jusqu’à
présent. Le secteur ouest montre généralement
une géologie simple (basalte, gabbro) avec quelques
intrusions felsiques et ultramafiques. Il est commun de retrouver
des volcanites ultramafiques du Groupe de Kinojévis
et des wackes du Groupe de Kewagama coincés à
l’intérieur de la Faille de Porcupine-Destor.
Le secteur central, quant à lui, se distingue par un
niveau structural moins profond favorisant ainsi la préservation
d’intrusions porphyriques calco-alcalines (2689 Ma)
à alcalines (2682 Ma) et d’une importante accumulation
discordante de conglomérat de type Timiskaming (Formation
de Duparquet).
Géologie économique
Plus de 70 minéralisations aurifères
(> 1g/t. Au) sont présentes dans le secteur étudié
le long de la Faille de Porcupine-Destor. Les minéralisations
aurifères des secteurs ouest et central montrent des
caractéristiques distinctes. Dans le secteur ouest,
il existe une relation spatiale étroite entre la localisation
des zones aurifères, l’altération
en carbonates et la Faille de Porcupine-Destor. Les minéralisations
montrent plusieurs caractéristiques typiques des gisements
orogéniques, dont un rapport Au/Ag>>1, des veines
de quartz-carbonates, une forte altération en carbonates
de fer et un contrôle structural. Un seul gisement a
été défini jusqu’à présent
dans le secteur ouest (Structure 71 [Cambior] – 195
000 t. à 5,2 g/t. Au). Le secteur central se distingue
par le fait que plusieurs zones aurifères se situent
loin de la Faille de Porcupine-Destor, étant associées
à des structures subsidiaires ou à des intrusions
porphyriques. L’altération en carbonates est
associée à la Faille de Porcupine-Destor ainsi
qu’aux structures subsidiaires. Plusieurs anciennes
mines et gisements sont connus dans le secteur central, dont
les mines Beattie (ressources > 2,6 Mt à 3,8 g/t.
Au) et Duquesne (ressources 0,22 Mt à 7,8 g/t. Au).
La minéralisation dans le bassin de Duparquet est généralement
associée à de la pyrite fine disséminée
avec peu de veines quartz-carbonates, une altération
en séricite, un contrôle plutôt rhéologique
et/ou chimique et un contenu métallique caractéristique
des gisements
épithermaux (Au/Ag<1, jusqu’à 50
ppm Hg, 0,34% Sb, 0,61% Zn, 0,19% Pb). Cependant, on note
également des minéralisations de type orogénique
dans le secteur central. Ces minéralisations se retrouvent
généralement en périphérie du
bassin de Duparquet et sont associées à une
altération en carbonates de fer. Ainsi, deux types
d’altération (carbonates±séricite
et séricite) en association avec la minéralisation
aurifère sont présents dans le secteur central.
Ceci suggère la superposition d'au moins deux épisodes
de minéralisation distincts pour ce secteur ou une
variation de la composition du fluide hydrothermal due aux
différentes profondeurs de mise en place de la minéralisation.
Exploration
Les
récents travaux d’exploration de Cambior et du
partenariat Globex/Kinross réaffirment le potentiel
aurifère le long de la Faille de Porcupine-Destor.
La présence des mines de Holloway et Holt-McDermott
à environ 17 km à l’ouest de la frontière
ontarienne a fortement influencé l’approche de
l’exploration dans le secteur ouest. À ces deux
gisements, une forte albitisation est spatialement associée
aux meilleures valeurs aurifères et elle se trouve
au centre de halos de séricitisation et de carbonatation.
Cependant, une telle altération est rarement observée
dans le secteur ouest. Au gisement de Holloway, l’albitisation
et les valeurs aurifères économiques commencent
à environ 300 m de profondeur. Aux profondeurs moindres,
seulement la séricitisation et la carbonatation sont
présentes. Ceci suggère que les structures montrant
une forte séricitisation doivent être explorées
plus en profondeur. La Structure 71 montre une forte altération
en carbonates et en séricite, mais n’a pas été
explorée sous 180 m de profondeur. De plus, le gisement
Holt-McDermott est associé à une structure subsidiaire
ENE au sud de la Faille de Porcupine-Destor. Certaines structures
d’orientation similaire sont aussi présentes
du côté québécois mais elles n’ont
été que peu explorées.
Dans le secteur central, les minéralisations
de type épithermal à l’intérieur
du bassin de Duparquet sont possiblement associées
à un événement de minéralisation
antérieure à la Faille de Porcupine-Destor et
relié au développement de ce bassin. Les minéralisations
de type orogénique en périphérie du bassin
représentent possiblement l’extension en profondeur
des minéralisations épithermales mises au jour
lors de mouvements verticaux tardifs le long des failles qui
bordent le bassin de Duparquet. Il est également possible
que ces minéralisations orogéniques soient associées
à la Faille de Porcupine-Destor et qu’elles ne
soient pas associées aux minéralisations épithermales.
Dans le secteur central, les travaux d’exploration ont
été concentrés près de la Faille
de Porcupine-Destor et de quelques unes des structures subsidiaires
telles que la faille de Duquesne. Les failles subsidiaires
bordant la partie nord-est du bassin telles que les failles
d’Ottman et de Lépine ont cependant fait l’objet
de peu de travaux d’exploration malgré des zones
d’altération importante (cartes de carbonates
et de séricite).
De plus, à part quelques secteurs (Beattie, Shaft,
Patino), peu de travaux d’exploration ont été
effectués à une profondeur supérieure
à 500 m.
Un potentiel aurifère en profondeur
L’environnement de la partie est de
la Faille de Porcupine-Destor se distingue de la partie ouest
(secteur Timmins) par un faciès métamorphique
inférieur et donc par un niveau structural moins profond.
La carence en or du côté québécois
est donc possiblement associée à sa position
épizonale telle qu’illustrée par la présence
de minéralisations épithermales. Le potentiel
de la Faille de Porcupine-Destor résiderait donc en
profondeur, une dimension qui demeure jusqu’à
présent sous explorée.
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