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février 2003
 

La Faille de Porcupine-Destor
Un potentiel aurifère important

Marc Legault et Jean Goutier
Géologie Québec

Depuis la première découverte d’or par John Beattie en 1910 sur une île du lac Duparquet, la Faille de Porcupine-Destor ne cesse d’attirer les chercheurs d’or. Bien que le secteur fut le site d’exploitation aurifère de 1933 à 1956 (mines Beattie, Donchester, Central Duparquet et Duquesne) et de 1983 à 1990 (mines Duquesne et Yvan Vezina-Davangus [secteur est]), peu d’or fut extrait du côté québécois (~ 55 t. Au – production + ressources) comparativement au côté ontarien (~ 2300 t. Au – production + ressources).

Géologie Québec a entamé en 2002 une étude métallogénique le long de la Faille de Porcupine-Destor afin de compléter le travail de cartographie régionale du début des années 90. Ce projet vise à développer de nouveaux outils pour l’exploration aurifère à travers une étude métallogénique régionale et une modélisation 3D. L’objectif visé par l’étude métallogénique est de caractériser les différents indices aurifères dans le but de définir la chronologie, les contrôles de la minéralisation ainsi que les patrons d’altération régionale. Cette étude devrait permettre d’expliquer l’énorme variation de concentration d’or de chaque côté de la frontière.

Géologie régionale

La région de la Faille Porcupine-Destor a été divisée en 3 secteurs : est, ouest et central; seulement les 2 derniers ont été examinés jusqu’à présent. Le secteur ouest montre généralement une géologie simple (basalte, gabbro) avec quelques intrusions felsiques et ultramafiques. Il est commun de retrouver des volcanites ultramafiques du Groupe de Kinojévis et des wackes du Groupe de Kewagama coincés à l’intérieur de la Faille de Porcupine-Destor. Le secteur central, quant à lui, se distingue par un niveau structural moins profond favorisant ainsi la préservation d’intrusions porphyriques calco-alcalines (2689 Ma) à alcalines (2682 Ma) et d’une importante accumulation discordante de conglomérat de type Timiskaming (Formation de Duparquet).

Géologie économique

Plus de 70 minéralisations aurifères (> 1g/t. Au) sont présentes dans le secteur étudié le long de la Faille de Porcupine-Destor. Les minéralisations aurifères des secteurs ouest et central montrent des caractéristiques distinctes. Dans le secteur ouest, il existe une relation spatiale étroite entre la localisation des zones aurifères, l’altération en carbonates et la Faille de Porcupine-Destor. Les minéralisations montrent plusieurs caractéristiques typiques des gisements orogéniques, dont un rapport Au/Ag>>1, des veines de quartz-carbonates, une forte altération en carbonates de fer et un contrôle structural. Un seul gisement a été défini jusqu’à présent dans le secteur ouest (Structure 71 [Cambior] – 195 000 t. à 5,2 g/t. Au). Le secteur central se distingue par le fait que plusieurs zones aurifères se situent loin de la Faille de Porcupine-Destor, étant associées à des structures subsidiaires ou à des intrusions porphyriques. L’altération en carbonates est associée à la Faille de Porcupine-Destor ainsi qu’aux structures subsidiaires. Plusieurs anciennes mines et gisements sont connus dans le secteur central, dont les mines Beattie (ressources > 2,6 Mt à 3,8 g/t. Au) et Duquesne (ressources 0,22 Mt à 7,8 g/t. Au). La minéralisation dans le bassin de Duparquet est généralement associée à de la pyrite fine disséminée avec peu de veines quartz-carbonates, une altération en séricite, un contrôle plutôt rhéologique et/ou chimique et un contenu métallique caractéristique des gisements épithermaux (Au/Ag<1, jusqu’à 50 ppm Hg, 0,34% Sb, 0,61% Zn, 0,19% Pb). Cependant, on note également des minéralisations de type orogénique dans le secteur central. Ces minéralisations se retrouvent généralement en périphérie du bassin de Duparquet et sont associées à une altération en carbonates de fer. Ainsi, deux types d’altération (carbonates±séricite et séricite) en association avec la minéralisation aurifère sont présents dans le secteur central. Ceci suggère la superposition d'au moins deux épisodes de minéralisation distincts pour ce secteur ou une variation de la composition du fluide hydrothermal due aux différentes profondeurs de mise en place de la minéralisation.

Exploration

Les récents travaux d’exploration de Cambior et du partenariat Globex/Kinross réaffirment le potentiel aurifère le long de la Faille de Porcupine-Destor. La présence des mines de Holloway et Holt-McDermott à environ 17 km à l’ouest de la frontière ontarienne a fortement influencé l’approche de l’exploration dans le secteur ouest. À ces deux gisements, une forte albitisation est spatialement associée aux meilleures valeurs aurifères et elle se trouve au centre de halos de séricitisation et de carbonatation. Cependant, une telle altération est rarement observée dans le secteur ouest. Au gisement de Holloway, l’albitisation et les valeurs aurifères économiques commencent à environ 300 m de profondeur. Aux profondeurs moindres, seulement la séricitisation et la carbonatation sont présentes. Ceci suggère que les structures montrant une forte séricitisation doivent être explorées plus en profondeur. La Structure 71 montre une forte altération en carbonates et en séricite, mais n’a pas été explorée sous 180 m de profondeur. De plus, le gisement Holt-McDermott est associé à une structure subsidiaire ENE au sud de la Faille de Porcupine-Destor. Certaines structures d’orientation similaire sont aussi présentes du côté québécois mais elles n’ont été que peu explorées.

Dans le secteur central, les minéralisations de type épithermal à l’intérieur du bassin de Duparquet sont possiblement associées à un événement de minéralisation antérieure à la Faille de Porcupine-Destor et relié au développement de ce bassin. Les minéralisations de type orogénique en périphérie du bassin représentent possiblement l’extension en profondeur des minéralisations épithermales mises au jour lors de mouvements verticaux tardifs le long des failles qui bordent le bassin de Duparquet. Il est également possible que ces minéralisations orogéniques soient associées à la Faille de Porcupine-Destor et qu’elles ne soient pas associées aux minéralisations épithermales. Dans le secteur central, les travaux d’exploration ont été concentrés près de la Faille de Porcupine-Destor et de quelques unes des structures subsidiaires telles que la faille de Duquesne. Les failles subsidiaires bordant la partie nord-est du bassin telles que les failles d’Ottman et de Lépine ont cependant fait l’objet de peu de travaux d’exploration malgré des zones d’altération importante (cartes de carbonates et de séricite). De plus, à part quelques secteurs (Beattie, Shaft, Patino), peu de travaux d’exploration ont été effectués à une profondeur supérieure à 500 m.

Un potentiel aurifère en profondeur

L’environnement de la partie est de la Faille de Porcupine-Destor se distingue de la partie ouest (secteur Timmins) par un faciès métamorphique inférieur et donc par un niveau structural moins profond. La carence en or du côté québécois est donc possiblement associée à sa position épizonale telle qu’illustrée par la présence de minéralisations épithermales. Le potentiel de la Faille de Porcupine-Destor résiderait donc en profondeur, une dimension qui demeure jusqu’à présent sous explorée.
 

















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